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Disques

  • Marc Buronfosse : Aegean Nights

    marc buronfosseJ’ignore s’il est judicieux de parler de feel good music comme on dit feel good movie au sujet de certains films. Parce qu’on pourrait déceler dans ce qualificatif une connotation légèrement péjorative. Ce qui n’est vraiment pas le cas pour ce qui concerne un disque tournant régulièrement depuis plusieurs moi sur ma platine. Toujours est-il qu’en ces temps de pandémie – et de couvre-feu si injustement précoce pour certains d’entre nous – la perspective d’un voyage du côté de la Mer Égée et plus précisément sur l’Île de Paros est réjouissante à plus d’un titre. Puisqu’il faut rester chez soi, la musique devient alors nécessité, comme une médecine douce substitut à nos désirs de dépaysement…

    Cette escapade, c’est le bassiste Marc Buronfosse qui nous la propose en donnant une suite à son projet ÆGN dont il avait écrit le premier épisode en 2016. Un disque que j’avais évoqué en son temps du côté de chez Citizen Jazz.

    Marc Buronfosse fait partie de ces musiciens dont la carte de visite est assez impressionnante, il a évolué – parmi beaucoup d’autres expériences – aux côtés de Bojan Z, de Stéphane Guillaume ou Sébastien Texier. On se souvient aussi d’un quartet qu’il avait formé et dans lequel on retrouvait deux autres musiciens hors pair : Benjamin Moussay et Jean-Charles Richard. Il faut savoir également que Marc Buronfosse est directeur du Mediterranean Artists Masters Festival sur l’Île de Paros. Notre homme est donc en quelque sorte chez lui quand il est question de l’Archipel des Cyclades…

    Comme sur le précédent disque, Marc Buronfosse est aux commandes de sa Fender VI, une basse électrique à six cordes dont la sonorité se situe entre celle d’une basse habituelle et celle d’une guitare. La formation qui l’entoure a légèrement évolué depuis le premier album et se résume à un trio : Arnaud Biscay est toujours présent à la batterie et aux percussions, et l’on note l’arrivée de Maxime Hoarau au vibraphone et aux claviers. Sans oublier quelques invités spéciaux sur certains titres de ce nouveau disque intitulé Aegean Nights.

    C’est donc la vie nocturne de l’île que Marc Buronfosse célèbre avec sa musique élégante et volontiers secrète, parée d’un écrin résolument électrique au centre duquel resplendit la sonorité de sa Fender VI. Une vibration profonde semble animer cette dernière : sa présence est celle d’un cœur, d’une respiration profonde (« Naoussa’s Night »). À ses côtés, Maxime Hoarau multiplie les incartades de son design sonore, Arnaud Biscay pouvant de son côté se glisser dans la peau d’un batteur de rock (« Thea’s Night »). On est souvent bercé par le flux et le reflux des vagues, caressé par une brise à laquelle on s’abandonne (« Kastro’s Night »). Tout ceci nous emporte dans un ailleurs loin et proche à la fois, aux couleurs scintillantes dont les nuances sont à chercher entre jazz, rock et ambient. Et si un sentiment de vraie douceur nous gagne à intervalles réguliers, la réalité de nos fractures quotidiennes surgit et peut aussi susciter l’inquiétude (« Migrants’ Night »), dans une nuit noire et trouble au bout de laquelle on perçoit étrangement, à la façon d'un questionnement existentiel, les échos lointains de « What’s Going On» de Marvin Gaye. De quoi ressentir le besoin d’une évasion encore plus contemplative, proche cousine des heures planantes du Pink Floyd de la grande époque (« Appolonia’s Night »). Et après la béatitude de « Monastiri’s Night » magnifié par la trompette d’Andreas Polyzogopoulos (présent tout au long de l’album précédent), la conclusion du disque est de toute beauté, sous la forme d’une scansion haletante de dix minutes, celles de la composition titre enluminée par un poème écrit de Jean-Philippe Carlot.

    Vous avez dit non essentiel ? Vous n’êtes vraiment pas sérieux… Cette musique est vitale, bien au contraire.

    Les musiciens : Maxime Hoarau : vibraphone, claviers, électronique | Arnaud Biscay : batterie, percussions, voix | Marc Buronfosse : Fender VI, électronique | Rishab Prasanna : bansouri | Adrien Soleiman : saxophone ténor | Andreas Polyzogopoulos : trompette | Jean-Philippe Carlot : poésie.

    Titres : Kastro’s Night | Oia’s Night | Naoussa’s Night | Thea’s Night | Migrants’ Night | Appolonia’s Night | Monastiri’s Night | Aegean Nights.

    Label : Arts Culture Europe